Dieu m'appelle-t-il ?
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Familles, creuset des vocations

Intervention de Mgr SANTIER à Paray le Monial, le 12 août 2008
 

Session internationale de l’Emmanuel à Paray-le-Monial « Familles, creuset des vocations » Enseignement de Monseigneur Michel SANTIER le 12 août 2008

Introduction Pour commencer, je vais employer le genre parabolique avec deux histoires vraies. La première a été racontée par Monseigneur Jean-Louis BRUGUÈS alors Evêque d’Angers, devenu secrétaire la Congrégation pour l’Education Catholique et les Séminaires, lors d’un Congrès régional des vocations en mars 2002. Au cours de l’eucharistie d’envoi de ce Congrès, il nous a dit avoir eu la visite d’un curé de paroisse qui lui a parlé d’un repas en famille le Dimanche après l’eucharistie dominicale. Un jeune étudiant ou professionnel était revenu passer le week-end dans sa famille, parce qu’il savait que le prêtre de la paroisse était invité à la table familiale. Au cours du repas, pendant que sa maman coupait la viande sortant du four, le jeune interroge le prêtre sur sa vocation, sa mission, sa vie. La mère arrive de la cuisine, entend la conversation et l’interrompt aussitôt. « Arrête, on t’a déjà dit de ne pas embêter Monsieur le Curé avec ça. Devenir prêtre, ce n’est pas un métier d’homme. » L’évêque a alors posé la question : -« Qu’avez-vous répondu à cette mère ? » -« Rien », dit le prêtre. –« Pourquoi ? » a dit l’évêque. –« Parce que j’avais peur de perdre la responsable de la catéchèse sur toute la paroisse. » Voilà une manière de réagir en famille qui n’encourage pas beaucoup les vocations, la liberté de réponse d’un jeune. La seconde est plus courte et plus subtile. Parmi des jeunes qui sont venus me voir comme évêque pour me partager leur désir d’entrer au séminaire l’un d’eux m’a dit : « Mes parents sont très croyants et pratiquants, engagés dans l’Eglise, la pastorale familiale. Je suis très heureux d’être dans le scoutisme, d’accompagner des jeunes. J’ai ressenti l’appel à devenir prêtre, mais j’ai pris le temps, car j’avais peur de trop correspondre au désir de mes parents et que je ne sois pas vraiment libre. » Ces deux récits posent la question : « Comment la famille, les parents, peuvent-ils favoriser l’éclosion des vocations, la liberté de réponse à une vocation, chez leurs enfants ? » Comme nous sommes à quelques jours de la fête de l’Assomption, je vous invite pour éclairer cette question avec la lumière de l’Evangile, à regarder et contempler Marie dans sa vocation (de mère), dans l’accompagnement de son Fils.

1ère partie La première page de l’Evangile que nous ouvrons est celle de l’Annonciation dans l’Evangile de Luc. Il nous montre Marie, « une femme qui a dit oui », oui à sa vocation, oui à sa mission : elle a accepté de devenir la mère du Messie, du Sauveur, alors qu’elle ne voit pas comment cela va se réaliser. Elle accepte, elle donne son acquiescement au dessein de Dieu sur elle, sur toute l’humanité. « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. » Par son oui la Joie est entrée dans le monde. Celui qui dit souvent oui, qui se rend disponible à son conjoint, à ses enfants, celui là apporte et porte beaucoup de joie, de bonheur dans sa famille. Celui qui doit souvent « non » devient sombre et triste, il rend les autres malheureux. Dans l’éducation des enfants, chers parents, par votre propre témoignage, par le oui que vous redonnez chaque jour à l’être aimé, à vos enfants, vous les éduquez à savoir dire « oui », à grandir dans la vraie liberté. Dans la société actuelle, prise par la peur d’être embrigadée, de perdre sa liberté, son aisance, beaucoup n’osent pas s’engager, dire oui aux appels qui leurs sont faits. Alors ils se referment sur eux-mêmes, ils se protègent, ils ne grandissent pas dans la confiance en eux-mêmes. Ils ne trouvent plus goût à la vie.

Il arrive aussi que de façon trop précoce, les parents demandent aux enfants ce qu’ils veulent choisir : la guitare ou le piano, l’équitation ou la danse, l’anglais ou l’allemand, tel ou tel habit… les enfants, les jeunes se trouvent alors devant un supermarché. Ils ne savent pas quoi choisir, c’est trop lourd sur leurs épaules. Et plus tard, on est étonné qu’ils s’enferment dans le non choix, ils tardent à s’engager dans le mariage, ils vivent le provisoire, ils retardent leur décision, par peur de l’engagement.

Chers parents, que le « oui’ de Marie à l’Annonciation soit lumière pour renouveler le oui de votre propre vocation, pour éclairer votre manière d’éduquer vos enfants à dire « oui », à grandir dans la liberté. La vraie liberté, c’est d’avoir la force de faire et de vivre ce que nous percevons au plus profond de nous-mêmes. Confions-nous à Marie : « Réjouis-Toi, Marie, comblée de grâces… »

2ème partie Une autre page de l’Evangile est celle de la Visitation. Marie a accueilli dans la foi la parole de l’ange et elle croit au signe qui lui est donné. « Ta cousine qui était stérile en est à son 6ème mois. » « Car rien n’est impossible à Dieu. » Sa foi s’épanouit en charité. Elle se hâte de quitter Nazareth, la plaine de Galilée, pour les monts de Judée et se rendre à Ain Karim chez sa cousine Elisabeth. Elle l’accompagne et la soutient dans l’attente de son enfant, comme servante du Seigneur elle se met à son service. Cette page d’évangile où se vit le don de soi pour faire le bonheur de l’autre respire la joie. « Comment ai-je le bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Et Marie laisse éclater le chant d’action de grâces du Magnificat. La famille est le lieu de l’apprentissage de l’amour gratuit, de l’amour mutuel, du don de soi, du service, qui fait grandir dans la famille un climat de joie et de bonheur La famille est le lieu où chacun peut être aimé pour lui-même. Le Cardinal DANEELS dans son livre : « Famille, Dieu vous aime », reprend l’exclamation de Luther : -« Il me plaît d’entendre dire par quelqu’un ‘Dieu vous aime tous, et il a donné son Fils pour vous’, mais j’aimerais l’entendre dire une fois, à moi tout seul, ‘je t’aime !’ ». Tout change quand je découvre que Dieu m’aime personnellement, qu’il n’a de mots que pour moi tout seul. C’est tellement important dans l’anonymat de notre monde. Les hommes brûlent d’impatience que quelqu’un, que Dieu, leur dise à chacun en particulier « Tu comptes pour moi. » Isaïe 43,4 : « Car tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime. » La famille est le lieu privilégié où peut se faire l’expérience de l’amour de Dieu. D’abord entre époux, lorsque l’époux dit à son épouse : « Tu comptes beaucoup à mes yeux et je t’aime. » Par cette parole, l’épouse fait l’expérience d’être aimée pour elle-même, inséparablement par Dieu et son époux, et vice-versa. Lorsque les parents témoignent de cet amour, les enfants peuvent aussi entendre pour eux-mêmes, par l’amour de leurs parents, cette parole du Seigneur : « Tu comptes beaucoup à mes yeux et je t’aime. ». Cela se vit par les gestes d’attention, l’écoute, s’intéresser à ce que vit l’enfant, le jeune. Ainsi la famille devient l’école de l’amour pour Dieu, l’amour pour l’autre, et si elle pratique l’accueil, l’ouverture comme Marie à la Visitation, l’amour du prochain, l’amour pour tous les hommes, la famille devient l’école de la charité. Par exemple, le témoignage de ma mère que j’ai vue, tous les jours en allant faire ses courses, visiter une personne qui ne pouvait plus sortir de chez elle, pour lui demander ce dont elle avait besoin, l’acheter et le lui porter sur le chemin du retour. Ce témoignage de charité a contribué grandement à faire grandir ma vocation, de même qu’à partir de mon entrée au grand séminaire, elle est allée chaque jour à la messe. L’amour pour Dieu et pour le prochain ne font qu’un et c’est le premier terreau pour les vocations de mariage chrétien, les vocations de consacrées ou de prêtre. Comme le dit Madeleine DELBRÊL : « Le Royaume des cieux est l’amour personnel, dans le Christ, de Dieu pour chacun d’entre nous et de chacun d’entre nous pour chacun des autres » (« Nous autres gens des rues » p.123, cité par Bernard PITAUD dans « Prier 15 jours avec Madeleine Delbrêl », Nouvelle Cité p. 50)

3ème partie La troisième scène de l’Evangile que je vous invite à contempler est la naissance de Jésus à Bethléem Luc 2, 12 « Marie enfanta son fils premier né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire parce qu’ils n’avaient pas de place dans la salle » Lc 2,7 B.J. « La première image de lui-même que Dieu a voulu donner aux hommes est celle d’un bébé dans une mangeoire. » En se faisant homme, en naissant d’une femme, Dieu montre d’emblée ce que Jésus dira plus tard, que dans le Royaume de Dieu les enfants sont les premiers. Mt 18,3 L’enfant éveille en chacun de nous, au moins un jour ou l’autre, des sentiments de tendresse, d’émerveillement ou de bonheur. Comme Jésus nous le dit : « Père je proclame ta louange. Ce que tu as caché aux sages et aux savants tu l’as révélé aux tout petits. » Aujourd’hui encore, Dieu vient comme un enfant et personne ne vient à Dieu s’il n’a pas un cœur d’enfant. L’Annonciation, la Nativité et l’enfance de Jésus sont à leur manière des épiphanies de Dieu dans notre monde. La naissance de Jésus, dans cette situation impossible, dans un lieu invraisemblable, nous invite à ne pas tout programmer dans notre vie, comme nous le faisons si souvent, ce qui nous empêche d’accueillir l’imprévu, ce que Dieu veut nous donner. « Un enfant arrive toujours de manière inopportune. On est un peu dérangé. Mais si tout est programmé, alors quand un enfant annonce son projet de vocation, ce peut être parfois très tôt, on n’accueille pas au profond de nous-mêmes cet appel qui nous dérange : « tu verras cela plus tard… tu feras d’abord des études… il faut d’abord avoir un métier. » Tout cela n’est pas faux en soi, comme sagesse, mais cela peut être aussi le refus de ce qui peut naître dans le cœur de votre enfant, comme irruption de Dieu, accueil de la grâce, de l’amour de Dieu en lui. Aussi avec la baisse natalité dans les familles et cette attitude tout programmer, qui empêche d’accueillir la nouveauté de Dieu, on ne doit pas s’étonner du peu de vocations qui arrivent à maturité dans notre pays, alors que Dieu appelle toujours.

4ème partie La 4ème page de l’Evangile que nous allons ouvrir ensemble est le récit de la Présentation de Jésus au Temple. Etait-ce vraiment nécessaire pour Marie d’aller présenter au Temple son propre fils ? Pas vraiment. Mais Marie est à l’écoute de la Loi, de la parole de Dieu, comme elle fera plus tard lorsque Jésus vivra sa mission. Marie fera partie du groupe familial de Nazareth qui, selon l’Evangile de Marc, s’inquiète à propos de Jésus de, de sa prédication, de ses miracles qui attirent les foules et les oppositions des Pharisiens. Ils craignent vraiment qu’il lui arrive des ennuis et ils veulent le protéger, le ramener à Nazareth. « Il vient à la maison et de nouveau la foule s’assemble, au point qu’ils ne pouvaient même pas manger de pain. Les siens l’ayant appris partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : ‘Il a perdu le sens’. » Marc 3, 20-21 Et un peu plus loin « Sa mère et ses frères arrivent, se tenant dehors. Ils le firent appeler. Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit que « Voici ta mère et tes frères sont là dehors qui te cherchent ». Il leur répond : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » Et promenant son regard sur tous ceux qui étaient assis autour de lui il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère, une sœur et une mère. » Cette parole de Jésus aurait pu blesser Marie, sa mère, mais elle a laissé Jésus partir à sa mission. Elle s’est mise à l’écoute des paroles de son Fils. Elle est devenue disciple de son Fils. D’ailleurs en réponse à une femme qui un jour s’exclamait : - « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » Jésus dit : - « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent. » Lc 11, 27-28

Jésus ne pouvait pas faire de plus bel éloge de sa mère. Elle est devenue l’icône du disciple : celle qui écoute la parole de Dieu dans la profondeur de son être. Et elle a grandi dans une autre dimension de la maternité vis-à-vis de son Fils. La maternité, comme la paternité n’est pas seulement biologique, psychologique, mais aussi une maternité, une paternité spirituelle. C’est parce qu’elle a suivi Jésus jusqu’au bout dans sa mission, jusqu’à la Croix, qu’elle s’entendra dire de la part de Jésus, en parlant de Jean et de tous les disciples de tous les temps : - « Voici ton fils ». Et en retour le disciple s’entendra dire : - « Voici ta mère. » et le disciple la prit chez lui. La maternité de Marie, sur la Croix, s’est élargie aux dimensions de l’amour de Jésus pour tous les hommes. Elle est devenue « notre Mère » à tous. C’est une invitation pour nous, comme parents, à nous mettre à l’écoute de la parole de Dieu, à la laisser descendre au plus profond de notre être pour qu’elle ouvre notre cœur au dessein de salut de Dieu sur le monde, sur vos enfants. Vouloir protéger ses enfants est naturel, vouloir pour eux la réussite dans la société aussi, vouloir aussi leur bonheur. Mais la dimension spirituelle fait partie intégrante de la personne humaine, et la parole de Dieu accueillie, écoutée, comme pour Marie, Jésus vous aidera à découvrir et à approfondir votre maternité et paternité spirituelle qui va jusqu’à l’accueil, le soutien, l’accompagnement de la vocation de vos enfants, tout en ne projetant pas sur eux vos désirs et tout en respectant leur liberté. S’il y a trente ou quarante ans la question de la liberté d’un jeune vers une vocation était de discerner s’il n’avait pas été influencé par sa mère, ou un prêtre, ce n’est plus cas maintenant. Aujourd’hui la situation est inversée. Est-ce que dans la société actuelle un jeune a vraiment la liberté de se poser la question du célibat consacré, la question de devenir prêtre, vu ce qui est véhiculé dans la culture actuelle sur la sexualité, le mariage ? Lorsque des attaques sont faites aujourd’hui sur le célibat, ce sont aussi des attaques sur le mariage chrétien. Comme prêtre, il m’est arrivé d’encourager des jeunes à se marier, tant ils ont peur de s’engager. Il m’est arrivé aussi, bien sûr, d’oser interpeller des jeunes : - « as-tu pensé être prêtre ? ou religieuse ? » Ils ne m’ont jamais reproché de leur avoir posé cette question. Car une liberté, pour pouvoir s’exercer a besoin d’être fortifiée et nourrie. Il faut être fort intérieurement pour pouvoir répondre librement à un tel appel.

D’où la nécessité pour les parents, de grandir dans la dimension spirituelle de leur maternité et de leur paternité. Même si c’est à chacun de donner une réponse personnelle et libre à l’appel, cette liberté a besoin du terreau familial et ecclésial pour grandir et se fortifier. Dans l’exercice de cette dimension spirituelle de votre paternité ou maternité spirituelle, vous n’êtes pas seuls. L’Eglise vous soutient. Les enfants et les jeunes pour grandir humainement et spirituellement ont besoin, bien sûr, du milieu familial, du milieu scolaire, mais aussi d’un troisième lieu éducatif et spirituel.
- Ce peut être le scoutisme, dans ses différentes branches.
- Ce peut être un groupe d’aumônerie en Enseignement Public ou en Enseignement Catholique, un groupe en paroisse.
- La participation à des temps fort comme le Frat à Lourdes, les JMJ, Taizé, les rencontres de Paray-le-Monial. Vous ne savez pas trop ce que vos jeunes y vivent, parce qu’ils ne sont pas très bavards, mais gardez confiance. Il s’y vit la construction intérieure de vos enfants et de vos jeunes, et parmi eux certains accueillent leur vocation profonde. L’appel du Seigneur vis-à-vis de vos enfants sera toujours surprenant, mais lorsque Jésus est venu à nous par Marie… Vous ne pourrez jamais le comprendre, ni le trouver, sans passer par Marie. « Réjouis-Toi Marie… »

5ème partie Nous pouvons encore ouvrir une 5ème page de l’Evangile de Luc, celle de la montée de Jésus à Jérusalem à l’âge de 12 ans, pour un pèlerinage avec Marie et Joseph, ses parents Luc 2, 46-50. A la fin du pèlerinage, Joseph et Marie remontent vers Nazareth, mais ils pensent que Jésus se trouve avec les autres enfants. Inquiets de ne pas le retrouver le soir, ils remontent vers Jérusalem pour le rechercher, avec toute l’angoisse que l’on peut imaginer. Ils le retrouvent au Temple au bout de trois jours, « assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant, et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. A sa vue, ils furent saisis d’émotion et sa mère lui dit : « Mon enfant, (mon petit) pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! Ton père et moi nous te cherchions tout angoissés. » Et il leur il : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. » Luc 2, 46-50 Cette page d’évangile est très parlante pour vous parents. Elle décrit à travers l’angoisse de Marie et Joseph à la recherche de Jésus, votre combat spirituel. C’est le combat de tous les parents dont les enfants s’engagent sur des routes différentes de celles qu’ils avaient prévues pour eux. Quand on a témoigné de sa foi, quand on est très engagé dans la vie de l’Eglise, voir ses enfants, à l’âge de l’adolescence ou durant les études universitaires s’éloigner de la foi, de la pratique dominicale, de la vie de l’Eglise est très douloureux pour vous. La rencontre de l’amour, de l’amour passionnel, a souvent pour effet, une déstabilisation au plan humain et spirituel. Votre combat est de demeurer toujours accueillant et patient, sachant que tout ce qui a été semé dans leur cœur finira un jour par germer. Mais il n’est pas plus facile d’accueillir que votre enfant soit « aux affaires du Père », pour reprendre la réponse de Jésus à Marie et Joseph, qu’il soit habité par un appel que vous soupçonniez ou pas, et qu’il vous le déclare un jour, un peu maladroitement. Je connais des parents très pratiquants qui ont bien du mal à accueillir que leur fille soit entrée dans un monastère de bénédictines ou de carmélites. La raison la plus profonde n’est pas la séparation, ni de renoncer à ce que cette fille ou ce fils puisse vous donner la joie d’être un jour grands parents, qui selon certains témoignages reçus récemment transforme la vie. La raison est de découvrir que votre jeune, votre enfant, soit habité par un grand amour, autre que le vôtre, un amour qui les cherche, un amour qui les comble de bonheur, et qui vous déconcerte. Ils ont entendu la parole de Jésus, et ce n’est pas aussi pour eux sans combat. « Viens, suis-moi. » « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra, qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » Mt 10, 37-39 Cette phrase de l’Evangile n’est pas commode à entendre. Mais elle nous révèle dans le christianisme la vocation de la famille comme cellule de base de la société, et la première cellule d’Eglise. Elle n’est pas pour autant absolutisée. L’amour de Dieu demeure toujours premier. Les parents ont reçu leurs enfants comme don de Dieu et ils sont appelés à le redonner. Les parents qui n’éduquent pas leurs enfants pour eux-mêmes, sont invités à accueillir ce qui habite le cœur de leurs enfants, leur vocation. Cela fait partie de leur vocation et de leur mission de parents. D’ailleurs, après un temps de séparation, durant le temps de formation au noviciat et au séminaire, les parents découvrent par le courrier, que le lien avec leur enfant donné au Seigneur est un lien très profond qui comble autrement leur cœur de parents ou grands parents. Sans doute alors s’accomplit cette autre parole de Jésus à la question de Pierre : -« Et nous ? Qu’aurons-nous ? » « En vérité personne n’aura laissé maison, frères, sœur, mère, père, enfants, champs à cause de moi et de l’Evangile qui ne reçoive dès maintenant le centuple. » De ces enfants donnés au Seigneur, vous recevrez beaucoup. Aussi n’hésitez pas à accueillir, encourager, respecter la vocation de vos enfants, à les laisser partir. Même si, bien sûr, le détachement ne se vit pas sans combat. Marie, la première en chemin, a vécu ce détachement. Elle vous soutiendra et vous accompagnera sur cette route.

6ème partie Je vous invite à ouvrir une 6ème page de l’Ecriture, un passage du Livre des Actes des Apôtres. « Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière, avec quelques femmes, dont Marie la mère de Jésus. » Actes 1,14 Marie est là au Cénacle, au commencement de l’Eglise. Elle est là encourageant les Apôtres à attendre la promesse de Jésus, le don de l’Esprit-Saint. « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit-Saint qui viendra sur vous et vous serez mes témoins, à commencer par Jérusalem, la Judée, la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. » Actes 1,8 Marie a éveillé les Apôtres à la foi en Jésus ressuscité, les Apôtres à leur vocation missionnaire. Marie est toujours présente à l’Eglise d’aujourd’hui qui est toujours l’Eglise de la Pentecôte qui naît et renaît sans cesse de l’Esprit-Saint. Elle donne à ses enfants l’amour de l’Eglise. Elle donne cet amour de l’Eglise à cette première ecclesiola qu’est l’église domestique, la famille. Une de nos responsabilités comme parents dans l’éveil, l’éclosion des vocations est l’amour de l’Eglise. Si en famille, à table, après la messe du dimanche, les critiques pleuvent sur le prêtre, l’homélie, ce qui se vit en paroisse, sur les religieuses, cela ne peut pas favoriser un climat propice aux vocations. Mais si dans la famille on cultive l’amour de Marie et de l’Eglise qui ne font qu’un une vocation pourra trouver un terrain favorable où s’épanouir

En conclusion

« L’énorme majorité des prêtres –malgré les faiblesses et les limites humaines que nous avons tous- sont des prêtres dignes, qui donnent chaque jour leur vie au Règne de Dieu, qui aiment Jésus-Christ et le peuple qui leur est confié ; ils sont des prêtres qui se sanctifient dans l’exercice continuel de leur ministère, qui persévèrent jusqu’à la fin de la moisson du Seigneur. Une petite fraction des prêtres a gravement dévié. L’Eglise cherche à réparer le mal qu’ils ont accompli. Mais d’autre part elle se réjouit et elle est fière de l’immense majorité de ses prêtres, qui sont bons et méritent la louange au plus haut point. » (1)

(1) Cardinal Claudio HUMMES, Archevêque émérite de Saint Paul, Préfet de la Congrégation pour le Clergé – Lettre aux prêtres du 15 juillet 2008